• KANDINSKY

    <w:wrap></w:wrap>Abstrait de génie

    Rétrospective Kandinsky à la Tate Modern de Londres. Flux et vibrations, harmonies… l’artiste composait ses toiles à la manière d’un musicien.

     

    « Kandinsky : Le chemin vers l’abstraction », promet le titre de la grande exposition londonienne de l’été. La démonstration se veut d’une logique imparable, et elle l’est. Juriste de formation mais passionné par la musique et la peinture, Kandinsky (1866-1944) découvre l’art populaire russe au cours d’un voyage à Vologda, en 1889. Six ans plus tard, c’est la révélation : la découverte de la peinture impressionniste, particulièrement celle de Claude Monet. Abandonnant sa carrière de juriste, il prend le pinceau et part s’établir à Munich en 1896. Il y sera de toutes les avant-gardes, fondant mouvement sur mouvement, dont le célèbre Blaue Reiter (Cavalier bleu) en 1911 – un groupe d’artistes sans dogme figé mais au protocole radical, en rupture avec le système de représentation de l’art occidental : lignes, plans et perspectives chahutées ; usage de couleurs non naturalistes et non réalistes ; emprunts aux arts extraeuropéens ; libération délibérée de toute référence à la réalité.

     

    C’est l’époque où Kandinsky peint ses premières œuvres abstraites (la série des Improvisations, par exemple). Des taches et des lignes de couleurs, des formes géométriques au graphisme nerveux, aux dynamiques tourmentées, recherchant des effets de tension, de contrastes, dans une logique d’agencements à la minutie très étudiée. Militant, passionné, fondamentalement attaché à la mystique de l’art, Vassily est devenu Kandinsky, l’un des pionniers de la peinture non figurative.

     

    L’ennui, avec ce type de rétrospective, c’est le discours implicite suggéré par le titre de l’exposition (qui suppose un trajet, une voie – au sens oriental du terme – donc une progression) comme par l’accrochage par périodes. Après des balbutiements laborieux, Kandinsky se serait longtemps cherché pour finalement devenir lui-même, en se libérant de la tyrannie de la représentation. On peut se permettre de douter de la pertinence d’un scénario si simplificateur. Dans son ouvrage théorique, devenu l’une des bibles de la grammaire picturale moderne, Du spirituel dans l’art (1911), le peintre lui-même accrédite pourtant cette thèse, prônant un art non figuratif, seul capable de traduire la spiritualité de l’artiste. Kandinsky opère même un distinguo subtil entre trois formes de créations qui relèveraient, selon lui, de « l’impression » – son point de départ –, de « l’improvisation » – sa période transitoire – et de « la composition » – sa pleine maturité. La métaphore musicale n’étant pas utilisée par hasard, puisque, dans sa peinture, il est désormais surtout question de flux et de vibrations, de dynamiques et d’harmonies. Kandinsky entretient d’ailleurs une longue amitié avec le compositeur Arnold Schönberg – par ailleurs excellent peintre à ses heures.

     

     

     

     

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    Il serait en tout cas absurde de sous-estimer le Kandinsky de la première manière (1894-1908), celui qui soi-disant se cherche, alors qu’il s’est déjà pleinement trouvé, quand il flirte aux frontières du figuratif et de l’art abstrait. Les paysages de Murnau, par exemple, petit village de montagne où il fit de nombreux séjours avec sa compagne Gabriele Münter, l’ont particulièrement inspiré. Il en a peint, aimé et beaucoup contemplé les cieux d’une lenteur presque immobile, les forêts tirant sur le violet profond, la lumière si particulière venant danser sur les murs des maisons. Un tableau comme Staffelsee, huile sur papier marouflé (1908), témoigne d’une maturité hallucinante : il suffit d’un rien, quelques traînées de couleurs, pour brosser une montagne au couchant, deux traits mauves mangés de blanc pour figurer un lac, quelques légers coups de brosse en guise de chatoiement crépusculaire et de reflets dans l’eau, et voilà toute l’harmonie d’un paysage, sa quiétude apprivoisée.

     

    D’aucuns ont voulu déceler dans les tableaux de cette époque un cocktail d’influences : impressionniste (pour la captation de la lumière), fauve (pour la crudité des couleurs), voire populaire russe. Le grand Kandinsky n’est peut-être pas là, mais celui qui nous bouleverse, si. Celui qui a trouvé sa manière. Celui qui sonde, qui fouille, ausculte, rumine et questionne, hanté par l’agencement secret, la violence et le mystère du monde.

    Xavier Lacavalerie (Télérama n° 2954 - 26 Août 2006)

     

     

     


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